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Deux femmes chauffeurs de taxi, Ténin et Mariam, sillonnent désormais les rues de la capitale. Les amazones du volant arrivent. Elles pointent du nez dans le monde des taxis à Bamako.
Elles défient les stéréotypes en exerçant bravement une profession largement masculine. Les femmes sortent des cuisines et occupent petit à petit le secteur informel. Elles sont dans la maçonnerie. Elles sont électriciennes. Elles sont mécaniciennes.
Bientôt le chauffeur de la famille bourgeoise bamakoise, de plusieurs chefs de services administratifs, de plusieurs chefs d’entreprises, pourrait être une femme. Dans un passé récent, il était inhabituel de voir des femmes au volant d’un taxi.
Ce métier semblait être réservé aux hommes. Mais, depuis tout juste deux mois, deux femmes, Mariam et Ténin, sillonnent Bamako au volant de leur taxi flambant neuf.
Du jamais vu auparavant. Les clients sont très surpris de voir une femme assise au volant quand le taxi auquel ils adressent le signal s’arrête à leur niveau.
Nous vivons chez nous un moment historique de la promotion de la femme en ce troisième millénaire.
Les audacieuses Dicko TOUNKARA dite "Ténin" et Mariam alias "Atou" ont prouvé que les stéréotypes qui excluent les femmes de certains secteurs de l’emploi sont des croyances anachroniques.
Ces deux pionnières ont adhéré au "Projet Taxi Urbain" monté par l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi (ANPE) et la Banque Régionale pour la Solidarité (BRS).
Les amazones du volant sont les bienvenues dans le paysage urbain de notre capitale. Elles égaient nos coeurs en cette année 2010 marquant le cinquantenaire de l’indépendance du Mali.
Les deux femmes chauffeurs de taxi Dicko TOUNKARA dite "Ténin" et Mariam alias "Atou" ne souffrent d’aucun complexe. Elles font normalement leur job.
Elles ne se soucient guère de ce que les autres pensent. La jeune taxiwoman, Ténin, nous propose un tour dans son taxi. Elle se tient droit sur son siège et ajuste la ceinture de sécurité. Elle visse bien la casquette sur sa tête, selon le style "rappeur".
Elle est magnifiquement habillée. Elle porte un Jeans et une chemise "Corsaire". A l’intérieur du véhicule, l’odeur légère d’un déodorant envahit le passager. Elle s’assure que j’ai bien fermé la portière avant de démarrer en douceur. Ténin n’est pas du tout crispée au volant.
Elle roule intelligemment et prudemment. Les vitres sont légèrement baissées. La musique en sourdine berce le client. La taxiwoman ne dépasse pas à 60Km/H, la vitesse réglementaire.
Mais nous arrivons à une intersection, un Sotrama tente le forcing alors qu’il n’a pas la priorité. Le policier de faction intervient.
Il siffle pour obliger le chauffard à respecter le code de la route. Le Sotrama cède le passage. Notre taxiwoman poursuit son petit bonhomme de chemin.
La conversation s’installe entre nous. Elle est heureuse d’avoir pu bénéficier de ce « Projet ». Elle révèle qu’elle a toujours couvé une certaine passion pour le métier de conducteur de taxi.
méfiance des passagers. Au début elle a éprouvé quelques difficultés à s’adapter à la circulation de Bamako. « La plupart des chauffeurs de Sotrama nous regardent de haut. Certains tentent de nous pousser à commettre l’accident » , explique-t-elle. Ténin déplore la méfiance des passagers qui refusent de monter à bord de son taxi.
« Ils attendent le prochain conduit par un homme », dit-elle avec tristesse. La jeune taxiwoman tire déjà quelques leçons de son nouveau métier. Elle estime que " ce travail exige trois qualités essentielles : la patience, la courtoisie et l’amabilité. L’étonnement des Bamakois de voir une femme au volant d’un taxi commence à se dissiper.
« Hey taxiwoman ! Courage », lui lance t-on de temps en temps des vitres d’autres véhicules. Mon tour de la ville prend fin à côté d’un agent de la circulation. Je lui demande ce qu’il pense des femmes chauffeurs de taxi. Son avis est bien édifiant. "Aujourd’hui, l’anarchie sème la terreur sur la plupart des avenues de la capitale.
Si le taxi avait débuté à Bamako avec beaucoup de femmes au volant, la profession de chauffeur de taxi n’aurait jamais acquis la mauvaise réputation qu’elle traîne aujourd’hui. Il ajoute que, les policiers de faction aux coins des rues n’ont pas encore reçu de plainte contre Ténin et Mariam.
Les deux femmes chauffeurs de taxi ont en commun, de vouloir révolutionner le monde des taxis urbains pour en faire une entreprise respectable. Aliou GUISSE est président de la coopérative des chauffeurs et conducteurs de taxi. Il est parrain de cette initiative de faire bénéficier les femmes des avantages du nouveau projet.
« Lorsque, nous avons été informés du "Projet Taxi Urbain" de l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANPE) et la Banque régionale pour la solidarité (BRS), nous avons pensé que des femmes peuvent intégrer le métier. Nous avons donc lancé un avis aux femmes.
Nous avons reçu 27 dossiers », explique notre interlocuteur. Cependant, selon Aliou GUISSE, un problème s’est posé au moment de la formation des filles. « Il fallait les inscrire à l’auto-école. Le stage des 27 filles allait coûter plus de 3 millions de Fcfa, soit plus de 100.000 Fcfa par candidate. La coopérative ne possédait pas ce fonds.
Nous avons adressé une demande au Ministère de la promotion de la femme de l’enfant et de la famille. Malheureusement, nos espoirs furent déçus. Le ministère n’a pas donné une réponse favorable à notre requête. Un transporteur, qui a demandé à garder l’anonymat, a financé la formation à l’auto-école des 13 jeunes filles.
Grâce à Dieu ! Aujourd’hui, deux d’entres-elles ont bénéficié des taxis », s’est félicité le taxi-man. Le chauffeur, Adama TRAORE se réjouit de l’avènement des femmes dans le métier. Il suggère à la coopérative des chauffeurs de taxi de donner une liste de zones dangereuses de la capitale aux femmes.
Il propose aussi de limiter les heures de conduite à 21 heures. « Elles nous donnent beaucoup de satisfaction du point de vue recettes et entretien du véhicule, assure Adama TRAORE.
« Au début, nous avions douté de leur capacité à réunir la recette journalière exigée, soit 8000 Fcfa. Mais cette inquiétude s’est évanouie », a conclu le spécialiste. Bonne route à Ténin et Mariam.
Doussou DJIRE |